Maelyaä Archange mineur


Nombre de messages: 279 Date d'inscription: 07/08/2007
 | Sujet: La Courtisane Lun 1 Oct - 20:17 | |
| C’était jour de fête aujourd’hui à Yrkanis. Le Roi avait fait mander les dirigeants des guildes matis pour s’entretenir avec eux dans la salle du Trône. La foule des badauds était amassée aux portes du Palais Royal et attendait avec fébrilité l’issue de cette entrevue. Déjà les rumeurs circulaient et agitaient l’assistance comme le bruissement du vent dans les feuilles de salina. On parlait de récompense, d’anoblissement. Maelyaä, qui avait revêtu sa plus belle toilette pour l’occasion, attendait avec impatience que Ko’Shin et Valkyn sortent de la salle du Trône. Jamais elle n’avait touché d’aussi près ses rêves d’ascension sociale. Elle en avait parcouru du chemin, depuis les profondeurs des primes racines et les camps de réfugiés dans lesquels elle avait grandît. Les images de cette époque rejaillirent dans son esprit, notamment le jour de son adolescence où elle quitta son campement souterrain pour rejoindre Silan. « Mamae!… »Maelyaä courrait dans la pénombre du camp en appelant sa mère.« Mamae!… »La jeune homine arriva auprès d'une vieille femme qui se tenait accroupie au milieu de bric-à-brac.« Mamae, dépêche-toi... Les Rangers ont décidé d’avancer l’heure du départ pour Silan… Ba’Dixie a aperçu des éclaireurs kitins en maraude près du sentier. Si on attend trop, l’expédition risque de devenir trop dangereuse… »La mère de Maelyaä, flegmatique, remplissait méticuleusement son sac de denrées. Viande de bodoc marinée, tubercules, poisson séché, sans oublier les petites truffes jaunes dont sa fille raffolait tant.« Mamae, laisse-moi faire ça et prépare toi, tu ne peux pas partir dans cette tenue… »La mère releva la tête, sa chevelure auburn recouvrait en partie l’affreuse cicatrice qui lui déchirait le visage. Du coin de l’œil, elle jeta un bref regard à sa fille, avant de reprendre ses occupations. Malgré ses balafres et sa peau parcheminée, on devinait qu’elle avait été belle.« Mamae…- Je n’irai pas. Tu es grande maintenant, tu n’as plus besoin de moi.- Mais…- Ne fait pas l’enfant, Maelyaä. Je n’ai plus la force de faire un tel voyage. Ce campement souterrain sera sans doute ma dernière demeure. Je n’ai plus l’énergie de fuir encore et toujours.- Ne dis pas ça… nous y sommes presque. Une fois à Silan, il nous sera facile de rejoindre les nouvelles terres, et Yrkanis la cité radieuse… Courage!… Notre rêve est à portée de main.- J’ai pris ma décision, mes pas ne me porteront pas plus loin.- Alors je resterai ici avec toi, mamae.- Ne dis pas de bêtises, ma fille. Tu es encore une jeune pousse, tu dois croître vers la lumière. Tu mérites mieux que de végéter dans ces profondeurs. Ici, c’est le monde de l’oubli. Toi, tu n’as même pas encore vécu ta vie, tu as tant à apprendre.- Mais justement… mamae… viens et apprend moi… j’ai… »La voix nouée de Maelyaä trahissait son émoi. Elle savait que sa mère n’aimait pas qu’on se laisse déborder par ses propres émotions. Elle tenta de se ressaisir tandis que les larmes inondaient ses yeux.« Maelyaä, ma fille, je vais t’enseigner ma dernière leçon, alors sois bien attentive. Ensuite nous en auront fini de cette discussion. »Maelyaä saisit tendrement la main de sa mère, dont les doigts ridées et noueux faisaient penser à des racines de rotoa.« Je t’ai déjà raconté les origines de notre famille, tel que ta grand-mère me les avaient contées jadis. Avant le Grand Essaim notre famille était riche et reconnue pour le talent de ses courtisanes, qui exerçaient à la Cour de mère en fille. Contrairement à ce que disent les jaloux et les mauvaises langues, l’art des courtisanes ne s’exerce pas uniquement sur la couche. Ce sont toutes des artistes accomplies, qui excellent dans bien des domaines afin de satisfaire les nobles de la cour. Ta grand-mère était une grande diva, dont les chants semblaient directement inspirés par Jena, et saisissaient le cœur de tous ceux qui les entendaient. Sa mère, avant elle, était experte dans les plaisirs de la bouche, et les nobles venaient de très loin pour festoyer à sa table. Elles étaient toutes à la fois conteuses, danseuses, musiciennes, et connaissaient milles jeux pour distraire les homins. Ces sont tous ces talents qui ont fait la renommée et la prospérité de notre famille… »La lueur qui brillait dans les yeux de la vieille homine se ternit soudain. Sa voix se fît plus sombre.« Malheureusement comme tu le sais, je n’étais qu’un bébé quand le Grand Essaim a dévasté tout ce qui avait fait notre ancien monde. Ainsi je n’ai pu connaître cet âge d’or que par les chants et les récits que me contaient ma mère, les nuits d’effroi, tandis que nous nous terrions comme des yubos. Ma vie n’aura été qu’une longue errance, et jamais je n’aurai connu l’honneur de perpétuer les traditions de notre famille. Cette vie de peur et de souffrance m’aura volé ma beauté et ma jeunesse, et tandis que je croyais mon corps desséché à jamais, tu es venue au monde, tel un miracle de Jena. Dans l’espoir que tu connaisse une vie meilleure que le mienne, je t’ai nommée Maelyaä, qui signifie plénitude, opulence. J’ai passé ma vie à fuir d’un souterrain à l’autre, je rêve d’une autre vie pour toi.Tu es jeune et ta sève est vive, tu resplendis de beauté. Ton destin est de rayonner comme un soleil, de t’épanouir en pleine lumière. Ici tu ne fera que t’étioler. Tu dois renouer avec les traditions de notre famille et te rendre dans la nouvelle capitale du Royaume, rejoindre la civilisation.Mais prend garde à toi, le monde des Homins peut être aussi cruel qu’une jungle emplie de kitins. En tant qu’homine tu devras redoubler d’efforts pour t’imposer dans le grand monde. La haute société est comme une forêt, on y trouve des arbres majestueux et solidement ancrés dans l’écorce, leurs branches s’étendent vers le ciel pour capter toute la lumière. On trouve aussi de jeunes plantes qui peinent à croître dans la pénombre des sous-bois. Parfois, une de ces plantes trouve à s’appuyer sur le tronc d’un grand arbre, et grâce à son tuteur elle se fraye un chemin jusqu’aux cieux inondés de clarté.Maelyaä, tu es comme ces jeunes plantes qui naissent dans l’ombre. Deviens rose grimpante, trouve un homin fiable qui saura nourrir tes besoins et soutenir tes projets, déploie tes pétales pour séduire et tes épines pour te protéger. Ce n’est qu’ainsi que tu te hissera jusqu’à la lumière, dans la voie de Jena, et que tu restaurera le nom de notre famille. N’oublie jamais ces paroles. »La mère referma le sac et le tendit à sa fille.« Va-t-en maintenant, ma fille. Que Jena te bénisse… »Maelyaä prît sa mère dans ses bras et serra la vieille squelettique contre son cœur.« Jena aiye… mamae. »Puis la jeune fille se leva, mis le sac sur son dos et se dirigea vers le groupe de rangers. Quand elle se retourna pour la dernière fois, sa mère n’était plus qu’une ombre informe dans l’obscurité des primes racines.A suivre...(critiques et commentaires bienvenus)_________________ Maelyaä - L'ambition d'une Rose - Hastaire 227Lance Vivante, Tekorn et Electrique Ql 220 *new*Rondache Vivante et Electrique Ql 220 |
|
Flaurwen Archange majeur


Nombre de messages: 438 Localisation: ...en Pays de Cocagne Date d'inscription: 14/03/2006
 | Sujet: Re: La Courtisane Mar 2 Oct - 17:25 | |
| Super !! Moi j'aime en particulier la "reprise" de ton identité de "rose à épines" avec l'image du rosier grimpant pour atteindre la lumière d'en haut:flower: _________________ Chaque nouveau matin ouvre un rêve plus loin
|
|